Arts d'Asie il y a 21 hAjouter aux favoris

Un pied qui glisse d'un pouce, une syllabe étirée pendant plusieurs secondes, un masque qui tourne d'un demi-degré vers la lumière : le nô (能, nō) est un théâtre du presque-rien où tout est vibration retenue. Voyage dans un art scénique vieux de plus de six siècles.
Le nô (能, nō, « talent, capacité ») est né au XIVᵉ siècle sur les scènes rustiques du Japon médiéval, de la rencontre entre le sarugaku - un art populaire mêlant mime, acrobatie et pantomime comique - et le dengaku, les danses shintô des cérémonies agricoles. C'est un père et un fils, Kan'ami (1333-1384) et Zeami (1363-1443), qui l'ont transformé en un théâtre codifié, exigeant, et l'ont fait entrer sous la protection du shōgun Ashikaga Yoshimitsu. Zeami, en particulier, en a fixé la théorie dans plusieurs traités, dont le célèbre Fūshikaden (« Transmission de la fleur par les styles »), texte fondateur qui parle encore d'esthétique et de transmission avec une précision saisissante.
Pour qui découvre le nô sans préparation, le premier choc est celui de la lenteur. Les acteurs semblent à peine bouger. Les silences sont longs. La musique - deux ou trois tambours (taiko, ōtsuzumi, kotsuzumi) et une flûte (nōkan) - égrène des battements espacés, parfois violents, presque désarticulés. La voix est modulée, chantée plus que parlée, dans une langue ancienne que même les Japonais d'aujourd'hui ont besoin de suivre avec un livret.
C'est une esthétique de la soustraction. Aucun décor, ou presque : un pin peint au fond de la scène, un pont couvert (hashigakari) qui mène des coulisses au plateau. Aucun accessoire superflu. Les gestes eux-mêmes sont réduits à leur symbole : un simple mouvement du poignet évoque les pleurs, un pas glissé exprime la marche d'un fantôme.
L'acteur principal, le shite, porte souvent un masque de bois peint (nōmen). Ces masques, sculptés par des maîtres, ne sourient ni ne pleurent : ils sont figés dans une neutralité subtile, et c'est l'angle de la tête, la lumière qui les frôle, qui les fait changer d'expression sous nos yeux. Un demi-degré d'inclinaison suffit à faire basculer un visage de la sérénité à la douleur.
C'est là que se joue le concept central du nô : le 幽玄 (yūgen), qu'on traduit maladroitement par « profondeur mystérieuse », « beauté voilée » ou « grâce subtile ». Zeami parlait d'une beauté qui « ne se montre pas », comme un paysage sous la brume, comme la lune derrière un nuage. Le nô ne raconte pas une histoire : il en fait apparaître l'ombre.
Les pièces (bangumi) mettent souvent en scène des esprits - des morts qui reviennent, un guerrier hanté par une bataille perdue, une femme trahie transformée en démon. Le voyageur (waki) rencontre le personnage sur la route, l'écoute raconter son histoire, et l'esprit finit par danser le récit de sa propre douleur avant de disparaître. C'est un théâtre de la mémoire et de l'apaisement des fantômes.
Le nô peut sembler impénétrable au premier abord. Quelques conseils pour l'aborder :
Aujourd'hui, cinq écoles principales (Kanze, Hōshō, Konparu, Kongō, Kita) maintiennent la tradition au Japon. En France, le Théâtre du Soleil, le Théâtre national de Chaillot ou la Maison de la culture du Japon à Paris programment occasionnellement des troupes en tournée. À voir au moins une fois, ne serait-ce que pour éprouver, physiquement, ce que « ralentir » veut vraiment dire.
Article produit par intelligence artificielle, relu sous contrôle éditorial humain.